Le Collectif de Saison des Poètes à été inspiré par cette oeuvre de
Djordje Prudnikoff©  ayant pour titre"Musique"
Huit poèmes ont été écrits sous huit signatures différentes.

Bonne lecture !





La guitariste


Sur les cordes de ta guitare
La musique s’est déchirée
Les yeux fermés sur ton regard
Ta vie lacérée
Au gré des lames du hasard
Ici

Blessures profondes
Portées jusqu’à te mettre à terre
Et toi toujours relevée
Et ta guitare à tes côtés 

Sur les notes de ta partition
La gamme de tes émotions
Ton cri
Ton amour blessé
Cet homme qui t’as dessinée
Qui t’a peinte
Là, sur la toile 
En demi-teinte
Cet homme que tu as aimé
Que tu aimes encore
Cet homme emprisonné
D’avoir seulement osé
Dire
Décrire
Parler

Dans ta tête 
Les notes ont hurlé
Leur terrible cri
Sur la portée
Les notes sont rangées
Sages
Prêtes à être jouées
Ces notes liberté
Ces notes 
sans menottes
sans poings liés
sans rien que le bonheur
de la musique
de ta musique
de ton amour
ces notes
qui s'alignent sur le pupitre
regarde 

On t’attend
Une salle là devant
Des gens

Comment faire enfin coïncider
TA musique 
Et SA prison
TA liberté
et SA captivité
Comment vas tu jouer
Ce soir
Avec ta guitare
Dans ce clair obscur
Ce clair noir
Entends tu déjà les sons ?

Je vois tes yeux fermés
Je sais tes pensées

Tu as mal
Ta douleur est dans chacun de tes doigts
Ta douleur est dans ton cœur
Dans chacune des couleurs
Du tableau
Sombre
Terribles ombres

Pourtant
Tu vas jouer

Pourtant… 
Par la musique 
Tu vas l’aimer

Et lui
Emprisonné
Seul

Ta musique va résonner
Fort
Plus fort que tous les interdits
Plus fort que tous les barreaux
ta musique va résonner
Fort comme la vie

Plus fort que tout

Par chacune des notes de la portée
Tu vas l’aimer

Par chacune des notes de la portée
Tu vas le libérer

Et quand le concert sera achevé
Tu auras franchi 
Tous les murs
Toutes les blessures

Rejoins le 
Il est avec toi ce soir
Par delà son désespoir

Ce sont tes notes et ta guitare
Qui vaincront la haine

Ce sont tes notes et ta guitare
Qui vaincront ta peine
La sienne

Comme tu es belle ce soir
Comme tu es loin
Comme tu es absente à tous
Pour être avec lui
Et comme tu es là
D’autant plus là
Que tu n’y es pas…

Jamais 
La source ne sera tarie
Douleur extrême
Muette 
Secrète
Quelle force derrière ce visage
Quelle force jaillit
Quelle rage

Allez, 
Joue
Dis leur ce qu’ils ne veulent pas entendre
Dis leur ce qu’ils refusent 
Dis leur ton amour
Dis leur 
Ta liberté
Dis leur
SA liberté…

Allez
Joue...


Régine Foucault©

10/2003




Introspection musicale



Une blanche, une noire, demi-croche
Reposent sur le papier, des mélodies
À coup de sol, de ré, de fa et de mi,
La mémoire de l'air va sortir des poches
Du silence. Le musicien de son monde 
S'imprègne, il fait le vide, puise
Dans la solitude, la force des rondes.
Concentré, il s'apprête à griser l'assise,
Au rythme de ses bonds. Il fera jaillir
Mots de son instrument, comme peintre au pinceau
Sur sa toile, un oiseau qui use de ses cordes
Pour les cuis cuis, orchestrés avec un sourire
D'âme, une puissance abyssale de ces eaux
Sous jacentes qui s'écument pour délivrer ode...



Le musicien se sonde, lit sa partition
En faisant le vide, avant, de toute passion
D'univers, les sons lumineux faire déferler,
Dans l'espace, couleurs faire naître, briser...



Une noire, une blanche, triples croches
S'animent, sont aspirées, s'accrochent
Sous les doigts du musicien... il inspire
Ses heures, les saisons, les peines et les joies...
L'histoire d'un instant qui meurt, il expire...
Dans l'obscurité de sa pièce chimérique,
Do, si, la, do, il se balade sur les lois,
Lignes qui avivent l'émoi réel, musique
Des rêves, des déchirements, bouillon explosif,
Un mélange inextricable imprégné du tout,
Des paradoxes qui s'échouent sur les récifs,
S'offrent à la vie, au goût du brut, de ces grands
fous
Qui n'ont besoin de lumière, qui savent le silence,
Les prémices, et les chants d'air, les mains en
puissances...




Pascal Lamachère©
26/10/2003




Avec les Étoiles


Quand le soir vient chez moi
douce quiétude
mon âme perce les tuiles du toit
devient une des étoiles


Quand la nuit noire vient chez moi
douce solitude
la Lumière me fait toute joie
me soulève dans ses bras


Qu'importent les purs
ménestrels des vautours
sur la page de mes murs
une symphonie d'amour


Encore que m'importe ma geôle
et les chaînes sur mes épaules
chaque soir je fais l'oiseau
avec mes amies là-haut


Qu'importe ma prison
qu'importe leur loi
moi j'ai toujours la Foi
en celle de ma raison


Un soir je n'reviendrai pas
j'irai parmi les blanches étoiles
dormir par dessous l'ombrelle
au soleil de l'Éternel


Qu'importent les sbires
s'ils pensent me retenir
mon âme sera envolée
liberté n'est votre clef


Que m'importent leurs loquets
que m'importent leurs mousquets
hirondelle est une chanson
et ses ailes mon évasion.


Quand le soir vient chez moi
douce quiétude
mon âme perce les tuiles du toit
devient une des étoiles


Éloix© 
octobre 2003




Introduction au poème :

Elle est là devant lui, il la scrute, l'observe et dans le silence
de ce précieux instant, ces mots d'amour montent en son coeur,
il les lui déclament, muet, pour ne pas briser le silence :


Mon Étoile



« Je te regarde, là, pensive
Je t'aime, ma musicienne
Mon Étoile !


Quand la nuit sur moi pose ses ombres
Ta chaleur, ta présence, réchauffent mon âme
Je n'ai plus peur de mourir


Quand le matin se fait jour
Je te regarde dormir
Paisible, Belle, mon doux amour


Quand je te prends dans mes bras
Tu t'abandonnes, tendre
De ta guitare monte toutes les symphonies


Et je te regarde, là, pensive
Comme je t'aime, ma musicienne
Mon Étoile !


Où es-tu donc dans tes gammes
Y suis-je présent, une noire, une blanche ?
De ta musique, je suis jaloux


Et je suis là à t'admirer, te scruter
À te peindre, ce que je sais faire de mieux
Moi le peintre, à part t'aimer


Mon adorée
Mon Étoile
Je te rejoins dans ton éternité ! »



Ode©

28 octobre 2003




Nocturne


Comme une des oeuvres de Rodin
Elle est pensive guitare à la main.
Une musique douce dans ses pensées
L'emmenait vers le monde d'Orphée


Concentrée à l'extrême
Préparée à entrer en scène
Pour donner à l'assistance
Un moment de bienfaisance


De son bel instrument vernis
Un son mélodieux retentit.
Unissant de ses doigts agiles
Notes mélodieuses si fragiles


De cette musique telle la vie
Tantôt douce, tantôt hardie
Transportant nos esprits
Dans ce monde bien joli


Sur cette nocturne de Chopin
Elle éveille nos lendemains
Apportant à nos tendres coeurs
Cet exquis moment de chaleur


©Jacques Dognez

30.10.2003




« Là où est la musique, il n'y a pas de place pour le mal. »
Don Quichotte - Miguel de Cervantès



LA rue était déserte et tremblait sous l'hiver
OU la première neige avait mis son silence
EST - ce un délit majeur que peindre l'indolence,
LA torpeur d'un pays qui n'a plus d'univers ?

MUSIQUE, ô chant divin, anime leurs travers !
IL chante dans mon coeur un air plein d'insolence
N'Y ferez - vous point cas, hommes sans excellence ?,
A force de subir, vous serez à l'envers !

PAS de peinture, donc, puisque j'ai eu l'atteinte
DE montrer au soleil la mort par une teinte
PLACE à la mélodie au fond de mon caveau !

POUR tout papier, je n'ai qu'un fenestron d'enceinte,
LE jour y entre peu, reclus tel un dévot,
MAL traité, mais je joue, sur chaque caniveau



Robert Bonnefoy©




MUSICAL
( Music-hall ) 


Avant d'aimer son corps
Et d'en pincer les cordes,
Elle a peaufiné les accords
Pour éviter toute discorde. 


Le plein des projecteurs
La coupe de ce monde.
Elle pense au bonheur
De jouer croches et rondes. 


Dans ses bras la musique
Va jaillir de son bois.
Symphonie fantastique,
Elle sera toute à moi. 


Peu importe le temps,
Silences, pauses et soupirs,
Elle joue son printemps,
Son paradis d'avenir. 


Muse des sons, Muse des mots
Enfantées par son instrument,
Guitare d'amour en crescendo,
Rimes et rythmes, temps, contretemps. 


Et l'univers entier s'anime
Entre ses bras couverts de voiles.
L'harmonie se transforme en hymne
Dans une nuit semée d'étoiles. 



Pierfetz
© 2003




La Triste Guitariste



Guitare en main, elle est assise,
Son coeur meurtri par la douleur,
Dans cette chambre sombre et grise,
Qui l’envahit de sa langueur.


Ils sont venus, brisant la porte,
L’ont emporté comme un voleur,
Avec leurs armes comme escorte,
En l’accusant de comploteur.


Depuis ce jour étrange et triste,
Son bel artiste a disparu,
On dit qu’il est un terroriste,
Un dangereux individu.


Dans son pays c’est un grand crime,
Que de parler ouvertement,
Des exactions que ce régime,
Impose aux gens injustement.


Il n’a pas droit à la justice,
Son triste sort est décidé,
Par une inculpation factice,
Sans fond et sans véracité.


Reverra-t-elle son artiste ?
Son peintre, son inspiration,
Sa lyre reste toujours triste,
Dans sa muette imploration.



Christian Cally©
30 Octobre 2003






Oeuvre: " Musique" de Djordje Prudnifoff©

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