SI tu peux voir ta vie en marquant un répit
TU verras cet enfant qui t'habitait naguère. 
FAIBLIS, va lentement, et vois ce va-t-en-guerre
AU tempérament fort qui criait sans dépit.

JOUR béni d'autrefois, où tout n'était qu'épis
DE bons blés bien oblongs se riant d'une guerre. 
LA réalité t'a rendu plus que vulgaire :
DÉTRESSE d'aujourd'hui quand tout est décrépi !

TA volonté n'est plus qu'une simple prière !
FORCE et vigueur en toi !, bois l'humeur guerrière !
N'EST ce point l'élixir qui te tenait debout ?

PLUS qu'un simple désir, pour vaincre l'ornière,
QUE vive ton ardeur comme un sang chaud qui bout ! 
DÉTRESSE d'un instant, vivre n'est pas tabou.


Robert Bonnefoy©
30 novembre 2003




Le Saint-Laurent


J’ai vu les roses du bout du monde
Les bleus que le soleil allument
Les mauves surgissant de l’onde
Les gris accrochés à la brume
J’ai vu le feu là dans ta main
Je l’ai senti dans ta caresse
Il était déjà le matin
Il était encore la tendresse…


Il est l’heure où les ors embrasent l’horizon
Où la vie et la mort vibrent au diapason
Des harmonies profondes qui habitent mon cœur
L’heure où tout s’entremêle aux reflets des couleurs


J’ai vu le ciel aimer le fleuve
Portant les nuages à ses flots
Baisers célestes célestes preuve
D’un amour au delà des eaux


J’ai vu le fleuve aimer le ciel
Et s’embraser de mille feux
J’ai vu tanguer la passerelle
Que la terre lançait vers eux


J’ai vu pleurer le bord du monde
J’ai attendu encore un peu
Elle a tourné la mappemonde
Le ciel est resté amoureux


Le fleuve a fui vers l’océan
Grossi de larmes et de tourments
Mais aux premiers jours du printemps
L’aube s’accroche au firmament

Et enflamme le Saint-Laurent

Juste quand…

Il est l’heure où les ors embrasent l’horizon
Où la vie et la mort vibrent au diapason
Des harmonies profondes qui habitent mon cœur
L’heure où tout se nourrit aux reflets des couleurs


L’heure où je ne sais pas si je suis morte ou vive
Mystérieux instants où rien ne compte plus
Que me laisser enfin partir à la dérive
Et offrir à l’aurore mon âme mise à nue


Régine Foucault©
30 novembre 2003




De l’Amour, du Fleuve, de l’Hiver

I

De l’Amour



Je viens encor te parler de mon amour
Qui a rempli le Fleuve de ses larmes
Jusqu’à ne plus voir l’horizon
Jusqu’à ne plus me voir

Perdue dans les brumes qui s’élèvent
Entre ciel et terre
Je le cherche

Si tu le vois, dis-lui que je suis là
Debout à faire le guet sur une congère
Sur une île du Fleuve, là-haut à l’Est
Habillée de chaleur et d’espérance
Il me reconnaîtra

Dis-lui aussi que ni les vents
Ni les tempêtes d’hiver
Ne me feront bouger

Je tiens la flamme du bout de l’âme
Je ne la passerai qu’à lui


II

Du Fleuve


Aussi loin qu’à Rimouski
Mon majestueux fleuve de janvier
Me fait rêver

Je ne m’endors point au coucher du soleil froid
Ses pourpres m’enchantent

Ils font danser le monde
Sous l’aile de l’Oiseau

Mon Fleuve glacé en ses rivages
Emplit mon cœur d’une musique d’éternité
Je l’ai vu ce soir
S’avancer tel l’Ange de Silence

Je l’ai vu, beau comme un Prince
Qui ensorcelle sans savoir ni pourquoi
Force magique et éternelle
Joie pure au sel de mes larmes


III

De l’Hiver



Liberté blanche sans frontières de rêves
Luminosité d’un jour de source
Plus blanche que l’Immortelle
Elle est là, géante comme le Fleuve
Elle et mon Saint-Laurent

Leurs épousailles se font vierges
Annonciatrices de l’Oeuvre
Qui se recrée sans fin

Beauté blanche, comme un baume
Aux fatigues du jour
Repos de l’âme
Musique aux abîmes des désirs
Qui embrasent les horizons


De ta froidure naîtront des amours charnelles
Dans cette haute chambre des mystères
Naîtront tes filles et tes fils

Ma Cathédrale blanche
Tu as conservé l’imaginaire de mon enfance
Immaculé est le puits de mon désir
Je puise mon rêve à tes grandes eaux de neige 

***

Et les joues rouges au seul frôlement de ta froidure
L’œil pétillant de tant de Beauté
Je fais fièrement le guet 
Mon âme et mon cœur ancrés sur une blanche congère

Tel le phare sur l’île au milieu du Fleuve de janvier
Du crépuscule au crépuscule
Je tiens la flamme de mes amours


Ode©
1er décembre 2003




Le Saint-Laurent


J’admire ce beau fleuve et son immensité,
Qui gronde dans ce lit, depuis l’étérnité,
Ses eaux ont accueilli beaucoup de sang, de larmes,
Mais il offre à son peuple, un visage de charmes.


Le Saint-Laurent est là, qui dit « Je me souviens »,
Des Plaines d’Abraham, ces souvenirs anciens,
Qui transpercent les cœurs d’une douleur béante,
Pour un passé qui fut une étoile filante. 


Chaque soir le soleil s’éteint à l’horizon,
Mais quand il touche l’onde il ressent un frisson,
Les flots de souvenirs, d’un passé de promesses,
Remplissent son bassin de larmes, de tristesses.


Quand le soleil se couche au fond du Saint-Laurent,
Le tout Québec souhaite à cet astre mourant,
Que le coq * qui présage une nouvelle aurore,
Ressurgisse du fleuve enduit du tricolore. **


Ses quatre fleurs de lys disent, « Je me souviens »
De mon vieil héritage et de tous ses beaux liens ;
La mémoire du peuple aspire aux retrouvailles,
Des souches des aïeux fauchés par les mitrailles.


Ce grand fleuve est le sang qui coule dans leurs corps,
Il étale, souvent, leurs espoirs, leurs remords,
Le Saint-Laurent les lie, à travers l’Atlantique,
A la langue qui fut leur constant viatique.


Ce coucher de soleil cache dans son écrin,
L’histoire de ce peuple affirmant son destin,
Délaissé par sa mère, aux jours de sa détresse,
Il veut lui pardonner ses actes de faiblesse.


Christian Cally©
2 Décembre 2003

* Le coq gaulois ** Le bleu, blanc, rouge




Port-Joli Couchant



« C'est le plus bel endroit du monde »
M'a confié ma mie cet été.
A son embouchure se confondent
Terre et mer par vents écrêtés.

Port-Joli, bonheur à crier,
Port d'oubli de tous les soucis.
Ne plus rien penser et prier,
Aller au ciel en raccourci !

Ainsi Joliette est bien venue,
« Tricoter avec les nuages »
Goûter la pluie sur sa peau nue,
Rire au soleil après l'orage. 

Elle a baillé tôt aux aurores.
Les jours ont coulé comme sable.
Le crépuscule tardait encore,
L'été paraissait immuable. 

Sur les rives du Saint-Laurent,
Je suis revenu cet hiver,
Accrocher à son firmament
Les espoirs de tout l'Univers.

L'horizon était flamboyant,
Mais le vent froid et les nuages
Cachaient les disques du couchant.
Mes amours avaient pris de l'âge ! 

Auprès de l'âtre je suis rentré,
Un dernier regard au dehors,
Soleil et lune étaient cachés,
Le Saint-Laurent coulait encore
Vers une mer d'éternité ... 

Pierfetz ©
2003




Bouteille à l'âme air rougeoyante


Toi, le fleuve que je n'ai jamais de corps vu,
Vous, berges de tant de pieds inconnues,
Toi, océan des airs rougeoyant où cavalent,
Vous, nuages, là où se fond, se forge le Graal

La distance nous sépare, terres, montagnes, mers, 
Sont prêtes à me piéger dans leurs splendeurs,
Mais rien ne peut retenir l'âme du rêveur,
Qui fasciné, se sublime et s'évade à l'éther

Dans l'eau du fleuve, les remous je suis,
Je fais le voyage de leur source, aux abysses,
Je vois le creux des vagues, Gaia qui rugit,
Je vois la cohorte du fond qui au souffle s'immisce

Face aux fières bâtisses de nature, qui ont côtoyées
Bien plus d'aubes et de crépuscules que l'humanité,
Je me fais à la fois silence et chant du feu,
Au goût du sacré, je m'épanche, me fond des yeux

Je vois sur les rochers les légendes de la mère,
Dans la brume aux teintes mordorée l'acte du père,
Je vois les âmes qui se parlent, qui s'échangent,
Les bris, les noeuds, les liens tissés en frange

Je vois les messages dans les bouteilles de l'air,
Les bulles de songe qui renferment les voeux des
coeurs,
Des aimants, des plumes voyageuses, des âmes soeurs, 
Je vois et entends les contes des ombres et de lumière

Je sens ces histoires agitées qui finissent et commencent,
Les ritournelles, sempiternels retours, au cours des avancées,
Mais si la marche du large n'attend pas, dans l'immensité
Brassée, mon esprit grave, cet instant immobile, cette présence

Fondue de toutes les larmes, un échantillon de l'éternité


Pascal Lamachère©
5 décembre 2003




Le Fleuve

De par le ciel
la mer
de par les flots
et les vents
de par le jour
et de par hier...
il est venu
vibrant, libre et fier

Allez,
ouvre tes voilures
de vagues et d'immensité
je monte sur ton mat de misaine
y mettre le Fleur de lysée

Allez corsaire des grands vents
voleur d'immensité

laboureur d'univers et d'humanité
je te prends au monde
et te livre à l'Océanité...

Capitaine!
Capitaine au long cours
je t'ai poursuivi de mes amours
du fond de la baie
au grand loup de Gaspé
j'ai fait les caps
et la mer dévastée

Capitaine
capitaine...
la marée a repris son souffle
et arraché le monde
il n’y a plus de rives
il n'y a que navires
qui drainent un continent
portés par le souffle des voiles
des vagues et des battures.

Capitaine
tu as fait âme
tu as fait pays
tu m'as pris de corps
et de cœur et de cordes
pour me livrer à la vie...

Fleuve
toi mon pays...

Je suis de vague
je suis de voilure
je suis de vent
et de parlure
et je vous traîne
vous et le continent
jusqu'à l'azur...

Je suis le Saint-Laurent
en partance
et à mon mat
j'ai mis Fleur de lysée...


Yves Drolet©
10 décembre 2003





Coucher de soleil de janvier sur le Saint-Laurent


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