suite
et fin du conte commencé au numéro 14
Au moment même où Frin enfonce la plaque de fer, une nouvelle explosion retentit, visible de l'extérieur. A "l'intérieur", devenu un gouffre infernal, une ouverture sur le dernier cercle démoniaque, seul le signal radio a pu être transmis, s'échapper. Les corps des éminents membres du conseil, des employés, se sont mélangés aux installations en fusion. En une fraction de seconde, le site est devenu un œuf volcanique. Il ne reste même plus trace de la roche de l’île. Le souffle, la rougeoyante colonne meurtrière retombée, là où il y avait terre, minéraux, et main des noiriens, il ne reste qu’une crêpe mal cuite, où des vagues de feu s’écument, s’entrechoquent avec celles de l’eau, en jets de vapeur.
Un satellite gravitant dans l’océan stellaire faisant face à cette tragédie, vient de transmettre le signal d’activation du super générateur d’ondes électro-magnétiques. Le signal parcourt les airs, passe à travers les nuages, les navettes détournées, avant d’être happé et introduit dans le récepteur radio situé en haut d’un immeuble. Le mécanisme informatique déclenché par ce stimulus rendu au coeur d’un laboratoire sous terrain, actionne un générateur jusque là silencieux. Des turbines vrombissent, des émetteurs se déplient, et les impulsions électro-magnétiques sont diffusées à des milliers de kilomètres à la ronde. Instantanément, les véhicules en mouvement s’arrêtent sans heurt pour la plupart, percutant pour certaines, par mégarde, diverses créatures malheureuses. Les navettes se posent en douceur, les gens en train de courir prennent des poses dignes des statues des sportifs renommés des temps anciens. Seul les machines autonomes poursuivent leur route. Cette scène est reproduite partout ailleurs sur la planète. Partout, excepté dans le centre de nos amis.
Alors qu’Odie explique à Sémie, dans un coin de la grotte, le moyen qu’ils ont trouvé pour traverser des années lumière en l’espace d’une oscillation, Suvao arrive vers eux le souffle coupé.
Suvao : « Je… c’est horrible. Japsus, tous, dans un tombeau de feu. Une explosion horrible. On ne sait pas comment c’est arrivé, et encore moins comment se sont activés les centres d’emp, peut être était-ce un processus automatique… Toujours est il qu’à leur actuelle la planète est dans un état de chaos figé. Seuls les robots peuvent encore agir. Certains chargés de veiller à l’ordre, emportent des gens, les considérant en infraction suivant leur code. D’ici un jour ou deux, les effets de l’emp devraient s’estomper, puis disparaître totalement, en attendant… c’est… catastrophique. Et je ne vois même pas à qui tout ceci pourra bien profiter… ».
Odie, peinée : « Seul le mal profite au mal… Quand la lumière s’assoupie, les yeux de l’âme deviennent pierre, sommes-nous donc maudits, ô ! Fleur des espoirs ?... Il faudrait interroger ta belle, Suvao…»
Ysev maugréant : « Si tout se passe bien, d’ici une semaine nous pourrons partir d’ici, et trouver la solution… nous allons devoir faire du travail intensif… »
Suvao acquiesce aux paroles de ses comparses. Sur un ton solennel Ysev a exprimé ce qui se passerait, un travail intensif. Suvao ne rebondit par contre pas sur la suggestion d’Odie, préoccupé par autre chose…
Les jours passèrent au cours desquels nul ne se préoccupa plus de ce qui se tramait à l’extérieur. La tête de la navette prit une forme de colombe. Sémie étudiait avec une grande application, voire avec avidité, les différentes sources d’énergie, les transmutations atomiques. Elle avait l’impression d’avoir une inspiration infinie, d’avoir accès à une source intarissable. Le travail ne l’empêchant cependant pas de vivre d’agréables moments de détente. Elle finit par s’intégrer totalement dans cette troupe d’aventuriers du feu de l’univers vivant dans l’ombre de leur planète. Tous l’avaient adoptés, Dragon en premier. Restait le « cocon », la déesse qui l’intriguait, le rôle qu’elle allait jouer dans l’histoire. Elle l’avait vu être placée au centre d’un étrange appareil, au cœur de la navette. Personne n’avait voulu lui en dire plus. Etrangement, après qu’elle fut dans l’appareil, Sémie eu l’impression que ses pensées furent plus prolifiques, et à la fin du 6ème jour, la navette fut en état de fonctionner, les rôles des uns et des autres rôdés, sachant même exactement où aller dans l’univers, comment se désincarner en un point, pour se réincarner sans changement de structures et d’âmes, en un autre point. Tout était chargé dans le cerveau central, prêt à délivrer le meilleur de lui-même le septième jour…
Le jour du départ, Sémie fait ses adieux à la grotte, aux cavités, à la terre, aux ruisseaux, en compagnie de Dragon qui la courtise jusqu’à un baiser furtivement volé au pas de la navette. Tous les autres déjà installés, regardent l’échange avec un grand sourire par le cockpit transparent.
Dragon rentrant dans la navette, tenant Sémie par la main : « Bon, vous avez pas fini de jouer les voyeurs ? »
Sémie : « Mon bon Dragon, ne te fâche pas, ils sont heureux pour nous… »
Suvao, souriant : « Tout à fait… Installez-vous dans vos sièges, nous allons démarrer… »
A ces derniers mots, Suvao triture une manette devant lui. L’illusion holographique du toit s’évapore, en un murmure venteux, le sol se soulève. Chacun à son poste, son écran, vérifie ses capteurs, au cas où il serait nécessaire de palier à une défaillance du cerveau de leur véhicule spatial. Et en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, une sphère de lumière apparut au dessus d’eux, ils s’y engouffrèrent et se retrouvèrent au-delà des limites de l’espace connu, loin des planètes et des trous noirs, à l’interstice entre les dimensions, d’autres univers, dépassant leurs espérances, leurs attentes, leur offrant pour toute surprise de se retrouver face à une porte, une sorte d’arceau forgé dans du cristal. Le vaisseau s’est posé de lui-même, sur une dalle incolore, impalpable. A l’intérieur, tout le monde reste bouche bée, de la déesse dans son cocon, une source éthérée sort, emplit l’air. Suspendu aux fils indolores, leur guide, leur « carte », leur suggère mentalement de la sortir et de la déposer dans un socle qui se trouve dehors, non loin de la porte. Au dessus d’eux, en dessous, sur les côtés, partout, du noir, ou plutôt du vide incolore, un peu comme un aveugle qui ne saurait pas qu’il est aveugle. Ils prennent conscience du phénomène, mais ne paniquent pas et s’exécutent. Dehors, nul besoin de scaphandre, respirent-ils ? Sont- ils toujours en vie ? Eux-mêmes ne peuvent avoir de réponse, et ne se posent guère la question. Seul Suvao ressent une inquiétude vis-à-vis de ce qui va se passer. Sera-t-il à jamais séparé de sa bien aimée ? Celle-ci lui adresse des ondes rassurantes. L’instant d’après c’est à Dragon de s’inquiéter, mais lui n’est point rassuré. Il est demandé en effet à Sémie de s’approcher de la porte et de la traversée, juste après que l’équipage ait été contraint de retourner dans la navette et de remettre les moteurs en marche. Sémie lance un dernier sourire emplit de béatitude à Dragon, avant de s’engouffrer dans le passage qui lui devient un tunnel de lumière. Elle le traverse et a l’impression d’exploser de l’intérieur, de se fondre, de se perdre, de se trouver, de s’offrir et de recevoir, de n’être plus qu’un amoncellement d’énergie incommensurable, devenant à son tour une déesse ? Sa conscience dépasse son entendement et…
Le big-bang fut,
Des quarks, des particules,
Interstellaires, gazeux,
Des nuées, un flux,
Un reflux, des bulles
Enflammée, aux creux,
Aux pleins, aux soulèvements
Des abysses, des élans
Contenant le cœur,
L’essence, les ondulations,
La surface, l’écume,
Le repli, l’ouverture en fleur,
La fin et l’éternité de la création,
Jusqu’à ce que la conscience hume…
L’esprit de Sémie à elle-même, dans une conscience supérieure à sa propre conscience : «Bienvenue chez toi…»
Fin
du premier cycle
Note
explicative : La fin de ce conte est volontairement abscond, chacun y verra
ce qu'il veut voir, une origine d'un univers, une renaissance, un renouveau,
ou une continuation, une nouvelle aventure qui est à suivre, pour peut
être un retour en "arrière", qui sait ? ;D
©
Pascal LAMACHERE
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